Carafes Ricard et verres à pastis : ces objets publicitaires qui racontent le bistrot
Fin d’après-midi dans un café de village. La porte est restée ouverte, l’air chaud circule entre la salle et la terrasse. Sur le comptoir, quelques tasses vides, un journal plié, des pièces qui tintent dans le tiroir-caisse. Un peu plus loin, une carafe Ricard laisse perler quelques gouttes sur le zinc. Dehors, sous le parasol, quatre verres à pastis attendent l’eau fraîche. On entend qu’on bat les cartes, qu’on chambre sur la dernière partie de pétanque, qu’on commande « un petit jaune » en levant la main sans même regarder le serveur.
Dans ce café-là, les objets Ricard ne se remarquent presque plus. La carafe a toujours été là, posée au milieu de la table ronde en marbre. Les verres gravés se rangent à la même place, derrière le comptoir, près de la machine à café. Le vieux cendrier jaune, ébréché, ne sert plus beaucoup, mais personne n’a envie de le jeter. À force d’habitude, tout le monde sait, sans y penser, que l’apéritif commencera vraiment quand la carafe et les verres seront posés devant soi.
Il suffit de changer de village, de remonter vers Marseille ou de descendre vers le bord de mer pour retrouver les mêmes silhouettes. Ici un pichet Ricard en céramique, là un plateau de service aux couleurs un peu passées, plus loin une plaque accrochée au mur, juste au-dessus d’une banquette en moleskine. Chaque café a sa manière d’aligner ces objets, mais tous composent, à leur façon, un petit musée vivant de l’apéro : un musée qu’on ne visite pas, qu’on habite en commandant un verre, en s’adossant au comptoir, en laissant le temps filer.
De Paul Ricard à Pernod Ricard : une histoire qui commence au café
Avant d’être un logo sur une carafe ou un cendrier, Ricard est d’abord une histoire de comptoir. Dans les années 1930, un jeune Marseillais nommé Paul Ricard met au point sa propre recette d’anisé et comprend vite que sa place naturelle n’est pas seulement sur les étagères, mais dans les cafés, là où les gens se retrouvent. Il apporte sa boisson chez les patrons de bar, discute, laisse quelques affiches, un pichet ici, un cendrier là. Peu à peu, le nom Ricard s’installe dans le paysage, exactement là où l’on vient prendre des nouvelles du quartier.
Avec le temps, la marque grandit, se structure, rejoint ce qui deviendra le groupe Pernod Ricard, mais l’ancrage reste le même : le café de coin de rue, la brasserie de ville, la terrasse de village. Derrière les chiffres et les stratégies, il y a toujours ce même décor : un zinc un peu usé, une rangée de verres à pastis prêts à servir, une carafe qui s’abîme à force de passer de main en main. Les premiers objets publicitaires Ricard – brocs, cendriers, affiches – sont pensés pour ces lieux-là, pour vivre au rythme des tournées. Dans la langue du bistrot, on ne demande pas « un anisé » ou « un apéritif » : on demande « un Ricard », comme on dirait bonjour à un voisin de longue date.
Autour, d’autres noms d’anisés se pressent sur les mêmes comptoirs : Pastis 51, Pernod, Duval… Les carafes se répondent, les logos se toisent gentiment d’un bout à l’autre de la salle. Mais dans bien des cafés, surtout dans le Sud, la dominante reste ce jaune bien reconnaissable qui accroche la lumière du soir. C’est cette présence obstinée, discrète et évidente à la fois, qui a fait des objets Ricard des compagnons de route du bistrot, au même titre que la machine à café chromée ou le crochet où l’on accroche son manteau.
Un café sans sa carafe Ricard sur l’étagère, pour certains patrons, ce serait un peu comme un comptoir sans café au petit matin : il manquerait quelque chose au décor.
Carafes, pichets, verres : un petit musée Ricard sur la table
Les verres à pastis, silhouettes familières du bistrot
Sur la tablette de verre derrière le bar, les verres à pastis se rangent par famille. Les ballons ventrus, parfaits pour un pastis bien allongé. Les « momies » plus étroites, qu’on attrape du bout des doigts. Les verres tulipe, un peu plus hauts, que certains habitués réclament sans même prononcer le mot. Chacun porte une gravure, un bandeau, une touche de jaune et de bleu qui raconte une époque et une façon de servir. À force de les voir, on reconnaît presque au premier coup d’œil celui qui appartient au café d’en face, celui qu’on a croisé dans un bar de Marseille, celui qui dormait dans le buffet des grands-parents.
Ces verres ne sont pas que des contenants. Ils imposent un geste : la dose précise de pastis, le filet d’eau qui fait tourner la couleur, parfois un glaçon qui claque contre la paroi. Posés sur un sous-bock, ils forment avec la carafe et le cendrier une sorte de petite scène, toujours la même et pourtant différente à chaque service. Selon les cafés, on les aligne bien droits ou on les laisse s’accumuler en fin de service, formant des tours instables qui racontent la journée sans qu’il soit besoin de la résumer.
Carafes et pichets : le totem posé au milieu
Au centre de la table ou du comptoir, la carafe Ricard a quelque chose du totem. En verre épais, en céramique jaune ou dans ces formes rectangulaires typiques des années 60–70, elle attire le regard avant même que l’on verse la première goutte. Dès l’origine, ce broc n’est pas un simple accessoire : c’est un outil imaginé pour les terrasses de bistrot, pour que chacun prépare son mélange pastis-eau à sa guise. On la voit arriver de loin, portée par le serveur, souvent accompagnée de la petite cuillère, du seau à glace, des verres déjà alignés. Une fois posée, elle devient le point de ralliement de la conversation : chacun tend la main, sert un peu d’eau, attend que le trouble se forme dans le verre.
Certains cafés ont gardé des modèles anciens, avec des mentions aujourd’hui un peu désuètes, d’autres utilisent des carafes plus récentes au design lissé. Peu importe, au fond : la carafe signe le moment. Quand elle arrive sur la table en marbre ou sur le zinc du bar, c’est que la journée a basculé du côté de l’apéritif. Les pichets Ricard, parfois assortis aux verres, prolongent le geste. Ces objets publicitaires Ricard, remplis à l’évier, reviennent encore et encore au fil des tournées, jusqu’à devenir, eux aussi, des repères visuels du café, au même titre que l’horloge au-dessus de la porte ou la rangée de bouteilles derrière le comptoir.
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Pour plonger encore un peu plus dans la vie côté zinc, une autre balade est à découvrir ici : le comptoir en zinc au cœur du bistrot.
Cendriers, plateaux, plaques : le décor publicitaire du bistrot
Cendriers et plateaux, petites archives du comptoir
Sur certains comptoirs, on remarque d’abord le cendrier. Un bloc de céramique jaune, posé là depuis des années, avec son logo un peu passé et une ébréchure sur le bord. Même si l’on fume moins, il reste au même endroit, comme un repère. À côté, le plateau Ricard porte encore les traces de cafés renversés et de tournées serrées à toute vitesse. Les jours de marché, il parcourt la terrasse sans discontinuer, chargé de verres alignés qui tintent à chaque pas du serveur.
Dans la salle, ces objets publicitaires dessinent une sorte de cartographie discrète. Un cendrier Ricard près de la caisse, un autre de Pastis 51 au bout du bar, un plateau Martini qui sert désormais à ranger les cuillères ou les sachets de sucre. Chaque café compose avec ce qu’il a accumulé au fil des ans : cadeaux de commerciaux, échanges entre patrons, trouvailles de brocante. Le zinc devient alors une table d’exposition involontaire, où se racontent les habitudes de la maison, les marques de cœur, les périodes qui ont marqué la vie du bistrot.
Plaques, affiches, bob : la touche pop de l’apéro
En levant les yeux, on tombe souvent sur une plaque métallique aux couleurs de la marque, une affiche Ricard des années 60, ou une grande photo de terrasse balayée par le soleil. Clouées au mur, un peu de travers parfois, ces images prolongent la présence des carafes et des verres. Elles fixent sur le plâtre les couleurs du Sud, les scènes de bord de mer, les silhouettes de joueurs de cartes. Dans certains cafés, un vieux bob Ricard traîne encore derrière le comptoir, posé sur une étagère, souvenir d’un été trop chaud ou d’une tournée offerte.
Cette petite mise en scène n’a rien d’un showroom. Elle s’est construite au fil des années, au rythme des saisons et des visites. Une plaque offerte, une autre récupérée, un bob accroché au porte-manteau, un parasol monté chaque été sur la terrasse : rien n’est vraiment calculé, mais l’ensemble raconte beaucoup. Il suffit de s’asseoir, de regarder autour de soi, pour comprendre à quelle famille de cafés on a affaire : plutôt bistrot de quartier, plutôt bar de port, plutôt café de village où l’on connaît encore le prénom des habitués.
Cafés de Provence, bistrots de village : un art de vivre au « jaune »
Sur une place de village, quelque part en Provence, la journée s’organise souvent autour du café. Le matin, on prend le noir au comptoir, en lisant les gros titres du jour. À midi, les tables se remplissent de plats du jour et de verres de vin. En fin d’après-midi, quand la lumière devient plus douce, les carafes Ricard font leur entrée. Sur les tables de marbre, au pied des platanes, elles arrivent en même temps que les rires plus forts, les parties de cartes qui s’animent, les histoires que l’on raconte pour la troisième fois sans que personne ne s’en lasse.
Dans ces cafés-là, l’« esprit jaune » ne se résume pas à une marque. C’est une façon de marquer le passage à un autre tempo. La journée de travail est derrière, les volets commencent à se fermer sur les façades, mais la terrasse reste éveillée. On sert un pastis aux anciens qui ont leur chaise attitrée, aux touristes qui se laissent tenter, aux amis qui se retrouvent là plutôt que chez l’un ou l’autre. La carafe, les verres à pastis, le cendrier oublié forment un petit théâtre où chacun trouve naturellement sa place.
Plus au nord, dans les cafés de province, le décor change un peu, mais les objets Ricard continuent de faire le lien. On les retrouve sur les comptoirs des bars-tabac, dans les brasseries de gare, sur les terrasses donnant sur une rue passante. Parfois, la carafe Ricard côtoie un pot lyonnais, un pichet de vin, une chope de bière ; parfois, elle trône seule au milieu de la table, comme un clin d’œil au Sud. Dans tous les cas, elle dit la même chose : ici, on prend le temps de s’asseoir, de discuter, de partager un verre qui dépasse largement son simple contenu.
Quand les collectionneurs sauvent les souvenirs de bistrot
Un jour, le café finit par fermer. Rideau baissé, enseigne démontée, banquettes vendues ou laissées sur place. Ce qui reste souvent jusqu’au bout, ce sont les petits objets. La carafe Ricard qui a vu passer des milliers de tournées. Les verres gravés rangés au fond d’un placard. Les cendriers publicitaires entassés dans un carton derrière le bar. C’est à ce moment-là que certains collectionneurs entrent en scène, un peu comme des archéologues du comptoir.
On les croise sur les vide-greniers, dans les ventes de fonds de commerce, sur les sites de seconde main. Leur œil accroche une forme de carafe, une typographie ancienne, un plateau de service patiné. Ils ne cherchent pas seulement un « bel objet » : ils imaginent le bistrot dont il vient, les mains qui l’ont saisi, les conversations qui ont ruisselé autour. Une fois rentré chez eux, l’objet trouve une nouvelle place : sur une étagère, au-dessus d’un bar improvisé, parfois même remis en service pour un apéritif entre amis.
Une nouvelle vie, loin mais pas si loin du comptoir
- Dans un salon, une carafe Ricard devient vase ou simple présence familière.
- Sur un balcon, un plateau de bistrot sert encore à apporter les verres.
- Dans un atelier, un vieux cendrier tient les vis et les clous, sans perdre sa mémoire de comptoir.
De café en café, de brocante en appartement, ces objets continuent de circuler. Ils quittent un bar de quartier pour rejoindre une maison de famille, passent d’un bistrot du Sud à une cuisine d’Île-de-France, voyagent parfois jusqu’à l’étranger dans la valise d’un amateur de déco vintage. À chaque étape, ils embarquent un peu de leur passé et s’enrichissent d’un nouveau contexte. Une carafe qui servait l’apéro aux habitués devient ainsi le centre d’une table de fête, un soir d’été, à des kilomètres de son comptoir d’origine.
Il suffit alors de verser l’eau dans le verre, de voir le pastis se troubler, pour que tout revienne. Bruit de zinc, lumière de fin de journée, rires qui montent d’une terrasse, porte qui claque derrière un client pressé. Les collectionneurs ne le formulent pas toujours ainsi, mais en sauvant ces objets publicitaires, ils prolongent quelque chose de très simple : la vie d’un bistrot, telle qu’elle s’est inscrite dans le geste quotidien d’attraper une carafe, de poser un verre, de laisser une conversation déborder un peu sur la soirée.
